mardi 29 mars 2016

Toulon, débat avant la Conférence nationale du 4 juin

Article paru dans Informations ouvrières n° 393

« La question n’est pas de savoir si on est optimiste ou pas,
mais « est-ce qu’on a le choix ? »

Mercredi 24 février, 12 militants, membres du POI ou pas, syndicalistes CGT ou FO, travaillant à DCNS, dans l’enseignement, à l'équipement, aux finances publiques, à l'hôpital, et dans le secteur culturel et social, se sont réunis pour préparer la tenue d’une conférence départementale en vue de rassembler une délégation du Var pour la conférence nationale du 4 juin.

La réunion se tenait après l'annonce du projet de loi El Khomri, et au lendemain d'un communiqué cosigné par 9 organisations syndicales, dont la CFDT et la CGT, qui demandait de modifier le projet. L'introduction a repris la question de la déclaration du bureau national du POI : « Comment Hollande peut-il se permettre de poursuivre et d’assumer une politique qui est rejetée massivement par les travailleurs de ce pays et qui dresse contre elle toutes les catégories de la population ? »
Voici quelques extraits des échanges.

Un syndicaliste de la fonction publique a expliqué pourquoi son syndicat a décidé d'envoyer un soutien financier aux agents des finances publiques de Vierzon en grève depuis un mois avec leurs syndicats pour dix embauches. « Sont-ils fous de partir seuls en grève dans ce service ? Comment Hollande peut-il continuer ? Je considère que les agents de Vierzon nous montrent la voie. Sinon, le petit jeu de l'accompagnement du gouvernement se met en place : le communiqué CFDT-CGT, c'est comme en 2010, « pour une autre réforme des retraites », et pas « retrait » 

Un autre précise : « On m'a demandé si je préférais le FN ou Hollande... La question des urnes est mise en avant, alors que la démocratie doit être un exercice au quotidien. Il ne peut rien sortir de bon des urnes actuellement. Donc c'est la question de la grève qui est posée. La question du pouvoir est posée, mais pas dans les urnes ! »

Une militante de DCNS continue : « Tout le monde dit que la solution c'est la grève, mais on ne discute pas comment arriver à faire cette grève. Le problème, c'est un jour les hôpitaux, après c'est l'industrie... jamais ensemble ! Les dirigeants ne font rien pour réunir, on se sent démunis. Il faut cette grève générale, mais je n'ai pas l'impression qu'il y ait une grande prise de conscience permettant d’arriver à cela. »

Une syndicaliste des finances répond en revenant sur la grève de Vierzon : « Le 18 janvier, quand ils ont commencé la grève, on ne sentait pas le bouillonnement non plus. Pourtant, ils ont reconduit depuis un mois. J'étais à une réunion des organisations CGT des trois fonctions publiques avant le 26 janvier, avec Philippe Martinez. A la demande d'un appel public-privé, il a seulement répondu qu'il « passerait à la manifestation ». Dans les documents préparatoires au prochain congrès de la CGT, il est écrit que « la CGT est viscéralement attachée au syndicalisme rassemblé ». Le résultat, pour la loi El Khomri, c'est le plus petit dénominateur commun avec la CFDT. »

Une militante ajoute : « La colère existe. Le rôle de la conférence, c'est de discuter des obstacles à la mobilisation et des réponses à y apporter. Le gouvernement et le patronat sont en train de reprendre tous les acquis, et pour cela, ils voudraient détruire les organisations syndicales. Je suis déléguée en CAP des adjoints administratifs : même avec une promotion on ne gagne qu’un point d’indice ! Alors il y a une colère générale qui est bien réelle, et d’ailleurs à quoi servent la prise en compte des risques psychosociaux ? Uniquement à tenter de nous faire accompagner cette violence contre les agents, contre tous leurs acquis. Le code du travail de Valls, c’est une violence généralisée contre la classe ouvrière, comme cette possibilité de travailler 46 h. C’est une violence contre tout ce qui a été arraché par le combat de classe avec ses organisations depuis 1936 et 1945. Nous avons décidé de publier un tract du syndicat par semaine pour expliquer les articles de la loi El Khomri. Je comprends les doutes, mais la question n'est pas selon moi de savoir si on est optimistes ou pas, mais « est-ce qu'on a le choix ? »

La camarade de DCNS conclut « Tout ce que vous dites c’est bien, ça risque de prendre du temps, mais il faut aussi s’adresser à la jeunesse. »

Pour terminer, un syndicaliste hospitalier a expliqué comment dans son service des urgences, c'est l'assemblée des personnels qui a établi le cahier de revendications, ce qui a permis que le syndicat majoritaire les prenne en compte, permettant d'obtenir satisfaction sur plusieurs demandes.

Tous les présents ont décidé de préparer la conférence départementale fixée au mercredi 27 avril. Une première collecte financière a permis de rassembler 43 € pour le transport des militants qui participeront à la conférence nationale du 4 juin. Un délégué a d’ores et déjà été désigné : Jean Sébastien, syndicaliste CGT à DCNS. Décision de publier un compte-rendu pour Informations Ouvrières dont la vente permettra de susciter d’autres contributions.

Depuis la réunion, les unions départementales CGT et FO du Var ont pris position, comme de nombreuses autres organisations, pour le retrait du projet de loi El Khomri, et ont appelé ensemble sur ce mot d’ordre à un rassemblement le 9 mars à Toulon.

dimanche 14 février 2016

"Coupez-leur les vivres, ils mettront plus d'ardeur"

Dominique Canut, membre du Bureau national
Editorial paru dans Informations ouvrières n° 387

La dernière convention d'assurance chômage du 14 mai 2014 devait « favoriser la reprise de l'emploi ». Résultat, fin 2015, toutes catégories confondues, le nombre de demandeurs d’emploi est à plus de 6,5 millions ! C'est de pire en pire.

Ceux qui ont été radiés de pôle emploi, les stagiaires ou en formation n'étant bien évidemment pas comptabilisés dans ces chiffres.

Cette convention Unedic doit à nouveau être négociée vers le 20 février, d'ores et déjà le gouvernement plante une « macronade » : la dégressivité des allocations-chômage devant favoriser le retour à l'emploi ! En somme, coupez-leurs les vivres et ils mettront plus d'ardeur à chercher du travail et donc en trouver ! Mais « la crise de l’emploi » trouve ses racines au sein même de la crise du système capitaliste. Prétendre le contraire, c’est épouser les thèses ultralibérales.

Cette dégressivité, qui était appliquée entre 1992 et 2001, évidemment n'a montré « aucune efficacité du point de vue de la baisse du chômage », de l'avis de la CGT, mais aussi de FO, qui considère qu'elle « freine le retour à l'emploi ». Quant à la CFDT, elle considère qu’en période de plein emploi, cette mesure mériterait d’être mise en œuvre (sic)…

La poursuite de l’ultra-financiarisation du capital n'a pas vocation à créer des emplois, mais à faire du fric. En 2015, la France s’est située au troisième rang des pays où les actionnaires sont les mieux rémunérés dans le monde, et des centaines de milliers d'emplois ont été détruits. Toutes les mesures dites pour l'emploi n'ont été que dispositifs permettant au patronat de s'engraisser.

Les militants ouvriers qui défendent l'emploi dans leur entreprise sont traînés devant les tribunaux.

Pour se conformer aux exigences du FMI, de l’UE, du capital financier et du patronat, le gouvernement s'attaque à tous les acquis de la classe ouvrière : le Code du travail, la Sécurité sociale, les retraites, l’école publique, les salaires, les conventions collectives…

Il doit rechercher l'unité nationale pour détruire nos conquêtes sociales, notamment de 1936 et 1945, et rallier à lui les confédérations syndicales. Mais la résistance s'organise, et la journée du 26 janvier a été un temps fort de mobilisation dans les fonctions publiques, d'une puissance exceptionnelle compte tenu du contexte. Comme le disait tout à fait justement un militant de l'Oise : « Dès maintenant, ce qu'il faut construire, c’est la mobilisation de tous les salariés, public, privé. »

Aucun secteur n’est épargné. Les paysans sont étranglés, les taxis, etc., au nom du libéralisme.

Certaines petites communes, exsangues, en sont à réclamer une loi permettant l'installation de panneaux publicitaires pour pouvoir combler une petite partie de la perte des dotations de l'État.

Déjà, de nombreux comités locaux et départementaux du POI organisent des assemblées-débats avec des militants ouvriers, des paysans, des élus pour préparer une grande conférence nationale pour la défense des conquêtes de 1936 et 1945.


samedi 6 février 2016

Trois questions à Dominique Canut (bureau national)

Interview parue dans Informations ouvrières

Comment se prépare, dans le Var, la conférence nationale pour la défense des conquêtes de 1936 et 1945 ?

Bien que la date de cette conférence ne soit pas encore fixée, nous avons décidé en comité départemental, bien évidemment, de ne pas attendre pour organiser notre propre conférence départementale. Elle contribuera à la préparation et la construction de celle qui se tiendra je pense à Paris. Nous considérons que cette conférence nationale ne sera pas le point final de cette campagne pour la défense des conquêtes de 1936 et 1945. Elle sera plutôt un temps fort d’un moment d’échanges politiques entre militants ouvriers qui cherchent les moyens de faire face à la politique du gouvernement qui veut détruire des décennies de conquêtes sociales, au nom de la libre concurrence et de la baisse du coût du travail.

La journée de grève et de manifestations du 26 janvier qui vient d'avoir lieu dans la fonction publique à l’appel de la CGT, FO et Solidaires, soutenue par les UD CGT, FO, Solidaires mais aussi FSU du Var, mais également le rassemblement du 20 janvier organisé par l’UD CGT du Var, devant la préfecture du Var, pour exiger la relaxe des 8 militants CGT de Goodyear, contribuent à la construction du rapport de force nécessaire à la classe ouvrière.

Dans le cadre de cette conférence nous venons de tenir deux premières réunions, à l’arsenal et à l’équipement de Toulon, et nous lançons les invitations à tous nos adhérents pour la tenue d’une assemblée le 3 février pour débattre de cette conférence départementale, mais également pour débattre d’une question de fond : « à quoi sert le POI ? » dans une situation où le gouvernement et le patronat voudraient que les travailleurs et leurs organisations accompagnent la remise en cause de tous les droits.

Le dernier bureau national du POI a décidé d'une remise des cartes 2016 offensive et d'une campagne de renforcement. Comment s'organise cette campagne dans les comités locaux du POI dans ton département ?

Justement, cette assemblée des adhérents du 3 février permettra de faire un point sur la poursuite de la remise des cartes 2016 .

La préparation de notre conférence et le nombre d’abonnements à Informations ouvrières sont des indicateurs qui devraient ouvrir des perspectives de renforcement du parti dans le département.

En tous cas cela s’organise, comme par exemple, simplement de proposer l’adhésion à ceux qui cheminent avec nous depuis quelques années. Cette démarche, si elle parait évidente ne va pas forcément de soi.

La campagne de souscription à Informations ouvrières a été un succès. Nous avons lancé une nouvelle campagne d'abonnements au journal avec Les Amis d'Informations ouvrières et les abonnés non membres du parti. Qu'en penses-tu ?

Depuis que
nous avons décidé d'ouvrir les colonnes de notre journal aux réflexions et discussions de tous ces militants ouvriers, notamment l’interview du secrétaire général de l’UD CGT du Var et du président d’une association de travailleurs de l’arsenal de Toulon regroupant 700 adhérents, nous avons réalisé dans le département 10 abonnements à Informations ouvrières, principalement à l’arsenal, dans l’enseignement et à l’hôpital. Nous allons poursuivre cette campagne d'abonnements.



mardi 22 décembre 2015

"Notre parti n'est pas dans l'union sacrée"

Article paru dans Informations ouvrières

Tous les comités locaux du Var étaient présents à cette première réunion, qui réunissait militants du POI et amis d'Informations ouvrières, dont beaucoup interviennent directement dans la lutte de classe.

Un camarade de la délégation du Var au congrès national a rendu compte des travaux du congrès, et notamment de la lettre adoptée proposant d’organiser « une conférence nationale pour la défense des conquêtes de 1936 et 1945 intégrant les droits démocratiques conquis depuis 1789 ».

Un camarade de Toulon, militant syndicaliste dans l’interpro, a relaté les discussions politiques menées avec les manifestants qui se sont rassemblés le jour même devant le tribunal pour la défense des libertés syndicales, la municipalité de La Garde voulant expulser l’union locale CGT, mettant un terme à la mise à disposition gratuite de leurs locaux qui existait depuis des décennies : « J’ai expliqué comment les personnels des cantines de La Seyne n’avaient pas cédé à la pression du Maire, au lendemain des attentats, et maintenu la grève avec leur syndicat FO, faisant reculer la municipalité pour la défense de leurs conditions de travail. Il y a une volonté de combattre parmi les travailleurs : on poursuit la bagarre malgré l’état d’urgence. Parmi les militants communistes, le vote du PCF à l’assemblée nationale a choqué beaucoup de militants. Il y a un boulevard devant nous, mais il faut y aller, discuter à partir de la lettre adoptée au congrès, et solliciter les interviews pour Informations ouvrières, inscrire pour la conférence nationale. »

Dominique Canut, membre du bureau national, est revenu sur notre rôle : « Notre parti se singularise par le fait que nous refusons de nous fondre dans l’union sacrée avec tous ceux qui ont voté l’état d’urgence. Et également où on peut entendre des militants de divers horizons CGT, FO, ou d’autres discuter ensemble pour chercher une issue. C’est au POI, et pas ailleurs que l’on peut réaliser cela. Quand j’étais au PCF, nous étions toujours entre militants CGT et l’ouverture consistait à trouver quelques « notables » de la société civile pour les mettre sur une liste électorale. Le congrès « ouvert », a été vraiment été ouvert. Et les militants qui ont fait scission dans le POI, ceux qui sont partis, étaient opposés à cette volonté d’ouvrir le parti aux militants ouvriers issus de la classe ouvrière . L’important, avec cette proposition de conférence, c’est d’aider à réaliser l’unité pour trouver cette une issue commune. »

Un militant de La Seyne, syndicaliste dans la fonction publique territoriale, a expliqué qu’au congrès de sa fédération, qui regroupe les territoriaux et les hospitaliers, le discours des délégués était offensif, recherchant des convergences de lutte. Il précise sur le conflit des cantines à La Seyne : « Nous avons obtenu gain de cause grâce à l’aide des camarades et au rapport de force : 98 % des personnels du service étaient en grève. On a maintenu le préavis de grève malgré les attentats, parce que la République, c’est la démocratie, c’est les revendications. Après, je n’ai pas l’impression que les salariés fassent le lien entre leur situation au travail et l’austérité au niveau national. »

Un syndicaliste enseignant donne son point de vue : « Les agents ont été soudés sur « pas touche à notre statut, il doit être respecté ». C’est la même chose dans l’enseignement : les enseignants sont opposés à la réforme des collèges parce que les enseignements interdisciplinaires s’attaquent à leur statut d’enseignant. La proposition de conférence pour la défense des acquis de 1936 et 1945, ça doit nous aider, en discutant dans des réunions de 3 ou 4, afin de faire le lien entre ce que vivent les salariés tous les jours et les questions nationales. »

En fin de réunion, le comité départemental a adopté une lettre d’invitation à une réunion publique en décembre sur ces questions, avec les Amis d’Informations ouvrières, et décidé d’amplifier la campagne financière pour notre journal, Informations ouvrières.

vendredi 20 novembre 2015

Continuité ou tournant ?

Editorial Informations ouvrières n° 377

Franck Servel,
membre du Bureau national

La semaine dernière, le Premier ministre Manuel Valls et la ministre du travail Myriam El Khomri ont présenté les orientations du projet de loi sur la « réforme » du Code du travail, suite au rapport Combrexelle. Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, s'est réjoui : « Les annonces d'aujourd'hui vont dans le bon sens ». La veille, il précisait sur France 2 ce que réclame le patronat : « La solution passe par des accords prioritaires d'entreprise. Cela veut dire qu'un chef d'entreprise pourrait négocier directement avec ses salariés la durée et l'organisation du travail sans en référer soit aux branches, soit à un Code du travail devenu beaucoup trop compliqué. »

Et Valls obtempère : la loi continuera à garantir « des principes », mais la mission confiée par le gouvernement à Robert Badinter consiste à définir ce qui relèvera des droits fondamentaux garantis à tous, des dispositions relevant des accords de branche ou d’entreprise... et enfin des règles applicables sans accord.

En 2008, la déclaration finale du congrès de fondation du POI indiquait « au même moment, alors que sa politique est partout combattue par la lutte des classes, le gouvernement, prenant appui sur la « position commune » entre le gouvernement, le MEDEF et certains responsables syndicaux, prétend imposer une loi généralisant les « accords d'entreprise » dérogatoires aux conventions collectives et accord de branches ». On constate 7 ans plus tard que si la volonté du patronat reste la même, le gouvernement n'a pas changé d'orientation non plus, qu'il soit de droite ou de « gauche » !

Continuité aussi pour la position de notre parti, qui affirmait déjà clairement dans son manifeste en 2008, le combat politique pour que la classe ouvrière préserve l'indépendance de ses organisations syndicales vis-à-vis de l'Etat, de l'Union européenne, du gouvernement, des patrons, mais aussi des partis politiques. Alors pourquoi dans le dernier Informations ouvrières, un militant syndicaliste interviewé affirme partager « l'orientation prise par le POI », dans les formes actuelles correspondant à la nouvelle situation.

Il a raison : continuité dans notre orientation, mais tournant dans notre manière de discuter des questions politiques avec tous ces militants syndicalistes, ces élus locaux qui cherchent à bloquer la politique du gouvernement. C'est pour ce combat politique, pour être une aide concrète à la lutte de classe que nous organisons ce débat dans les pages « Tribune libre » d'Informations ouvrières, ces regroupements dans les réunions, petites ou grandes (6 juin, 17 octobre). C'est avec ces militants, avec les amis d'Informations ouvrières, que nous préparons les congrès ouverts du POI, dans les départements et à Paris, les 21 et 22 novembre, pour construire ensemble la force politique qui permettra l'unité des travailleurs et de leurs organisations pour briser l'offensive du gouvernement et du patronat.

Une différence entre 2008 et 2015 : la « position commune » de 2008 regroupait dans le cadre du « syndicalisme rassemblé », CGT et CFDT. Ce n’est plus le cadre aujourd’hui, où CGT et FO ont refusé le pacte de responsabilité, la loi Macron et le PPCR. Cela signifie-t-il que tout est réglé ? Certes pas. Le gouvernement n’a pas renoncé à associer les syndicats à son offensive contre le Code du travail. La lutte pour l’indépendance des organisations est plus que jamais d’actualité.

mardi 17 novembre 2015

Branle-bas de combat dans les arsenaux

Interview parue dans Informations ouvrières

Clément Jehan, syndicaliste CGT à l'arsenal de Toulon :

- Suite à une entrevue avec des responsables du cabinet de Valls, la Fédération Nationale des Travailleurs de l'Etat CGT a publié un tract alertant les personnels des arsenaux sur le projet du gouvernement de s'attaquer à leur régime de retraite, et donc au statut des ouvriers d'Etat, dès janvier 2016. Peux-tu nous dire comment s'organise la riposte ?

Notre fédération a convoqué une réunion interfédérale pour le 2 novembre. Seule la CFDT ne participera pas. La fédération FO partage nos positions et s'est exprimée contre la casse du corps des ouvriers d'Etat. Les deux fédérations CGT et FO partageant cette position, elles devraient appeler ensemble à une initiative commune.

A Toulon, on a déjà programmé une Assemblée Générale d'Information le 10 novembre spécifique aux ouvriers d'Etat. Une action d'envergure est d'ores-et-déjà envisagée et sera proposée à l'assemblée du 10.

- Tu as vu le compte rendu de la réunion préparatoire à la réunion nationale du 17 octobre, avec des syndicalistes de DCNS Toulon rassemblés autour d'Informations ouvrières, alors qu'ils sont confrontés à un plan social. Ils ont décidé de se constituer comme "amis d'Informations ouvrières" et de publier le compte rendu de leur échange. Qu'en penses-tu ?

Je partage l'orientation prise par le POI et son journal d'être une véritable aide à la lutte de classe, et ce regroupement des Amis d'Informations ouvrières. C'est important d'élargir cette discussion, sans se limiter aux seuls membres d'une organisation quelle qu'elle soit. Je décide donc de m'abonner à I.O. afin d'avoir des éléments concrets d'information qui ne passent pas par la moulinette du patronat et/ou du gouvernement. Je vais voir si je peux me libérer pour participer au congrès ouvert du Comité du Var du POI.


samedi 31 octobre 2015

Réunion de syndicalistes de DCNS avant la réunion du 17

Article paru dans le supplément à Informations ouvrières 83
Après une courte présentation de l’actualité et particulièrement à DCNS où les personnels sont confrontés à un « Plan de performance » prévoyant 2 000 suppressions de postes et l’externalisation de missions à une entreprise privée, la discussion s’est engagée.
- Ce qui nous arrive, à DCNS, c’est très exactement ce qu’a exprimé une salariée d’Air France à la télévision, elle était en larmes, elle se dressait contre les cadres de la compagnie. Quand elle leur crie que c’est toujours les mêmes à qui on demande des efforts, pour ensuite leur dire : dehors ! Je me suis dit : c’est ce que nous vivons avec ce plan de performance à DCNS, avec une NAO bloquée, avec des réorganisations incessantes du travail. A nous aussi on nous raconte que « nous sommes le fleuron de la navale militaire », comme on le dit de la compagnie Air France pour le transport aérien.
- Ce qui pose de manière immédiate : eux, nous, et bien d’autres, alors pourquoi pas tous ensemble ? Je suis à la CGT, et je commence par poser ça dans mon syndicat.
- On a eu cette discussion dans mon union locale, à propos de l’appel au 8 octobre : on a considéré que l’appel devait être centré sur la bagarre actuelle à DCNS, car cela permettait de cadrer l’appel sur les revendications de refus des plans gouvernementaux, comme c’est le cas par exemple chez les enseignants. Et non pas des formules générales comme c’est le cas dans l’appel national.
- Oui, il y a un cadre commun à toutes les attaques : ce n’est pas un hasard, à Air France, comme à DCNS, mais aussi dans beaucoup de secteurs professionnels, on assiste à la mise en place de « plan de performances ». Il faudrait être « plus performant », face à la concurrence, face au « low-cost », et pour cela, accepter des remises en causes graves des acquis collectifs. Je pense que l’un des outils utilisés pour entrainer les organisations syndicales, c’est de chercher à leur faire participer à ce qui pourrait être « plus performant ». Il faut le dire : la CFDT écrit exactement cela dans son tract pour justifier sa signature de l’accord de méthode à DCNS.
- Pour balayer cela, il n’y a selon moi qu’un moyen : centrer sur la revendication, sur le refus de céder face à ces plans meurtriers. Je pense qu’il faut que dans nos instances syndicales, à DCNS, à l’UL, nous posions la question de la véritable signification de ce plan de performance à DCNS : ce sont plus de 500 emplois supprimés sur le seul site de Toulon, soit, en emplois induits, plus de 3 000. C’est une saignée qui n’a pas d’équivalent depuis la navale à La Seyne sur mer. Alors l’unité la plus large doit pouvoir se faire pour en exiger le retrait.
- Je suis d’accord, mais c’est vrai que pèse sur beaucoup de militants, de salariés, le fait que des syndicats signent, accompagnent. La déléguée d’un atelier m’a dit : « on fait quoi si la CFDT et l’UNSA signent l’accord de méthode ? ». Ce qui m’a fait dire que peut-être on s’est épuisé à chercher un accord pour un appel commun avec la CFDT, l'UNSA et la CGC.
- Or on vient de le dire : l’ANI, Combrexelles, Macron, Valls sur les fonctionnaires.. quand on met tout cela bout à bout, on voit bien qu’il y a un cadre commun à toutes les attaques que subissent les enseignants, les hospitaliers, Air France, et nous à DCNS. Donc il se dégage les éléments pour construire l’unité pour bloquer tout cela.
- Le syndicat CGT DCNS a publié un appel au 8 octobre qui est centré sur le retrait du plan. L’UL pourrait se faire le relaie auprès de tous les syndicats, et donc commencer ainsi à poser les bases d’une initiative de masse sur Toulon, pour le retrait du plan de performance à DCNS.
- On a cette discussion qui met au centre la recherche des moyens pour gagner. C’est la proposition qui est faite, par le journal Informations Ouvrières : nous avons chacun nos appréciations politiques, et pour certains organisées dans un parti, POI, PCF, ou autre. Mais toutes les semaines, le journal publie ces discussions, cette recherche, des éléments de réponse comme celle que tu fais pour une initiative sur Toulon. Il est proposé que soient rassemblés les « amis d’Informations Ouvrières », ceux qui acceptent de dire : « il y a le journal, il rassemble nos discussions, notre travail pour gagner, pour faire cesser ces attaques, pour voir où et comment cela peut passer. J’en suis, pour que se constitue cette force-là, ce regroupement autour d’un outil, un journal qui se fixe cet objectif ». Le 17 octobre prochain, à Paris, va se tenir une première réunion nationale des « amis d’Informations Ouvrières ».
- Une camarade prend un abonnement « découverte » à Informations Ouvrières, tous les présents décident de se constituer comme « amis d’Informations Ouvrières » en proposant à la rédaction du journal de publier le compte-rendu de cette discussion. Qui pour monter à paris le 17 octobre ? L’un dit voir comment se dégager pour y aller, une autre dit être empêchée pour des raisons familiales. Nous décidons de multiplier les discussions autour de nous avec ce compte-rendu pour dégager un camarade qui puisse être présent à la réunion nationale du 17 octobre.