vendredi 20 novembre 2015

Continuité ou tournant ?

Editorial Informations ouvrières n° 377

Franck Servel,
membre du Bureau national

La semaine dernière, le Premier ministre Manuel Valls et la ministre du travail Myriam El Khomri ont présenté les orientations du projet de loi sur la « réforme » du Code du travail, suite au rapport Combrexelle. Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, s'est réjoui : « Les annonces d'aujourd'hui vont dans le bon sens ». La veille, il précisait sur France 2 ce que réclame le patronat : « La solution passe par des accords prioritaires d'entreprise. Cela veut dire qu'un chef d'entreprise pourrait négocier directement avec ses salariés la durée et l'organisation du travail sans en référer soit aux branches, soit à un Code du travail devenu beaucoup trop compliqué. »

Et Valls obtempère : la loi continuera à garantir « des principes », mais la mission confiée par le gouvernement à Robert Badinter consiste à définir ce qui relèvera des droits fondamentaux garantis à tous, des dispositions relevant des accords de branche ou d’entreprise... et enfin des règles applicables sans accord.

En 2008, la déclaration finale du congrès de fondation du POI indiquait « au même moment, alors que sa politique est partout combattue par la lutte des classes, le gouvernement, prenant appui sur la « position commune » entre le gouvernement, le MEDEF et certains responsables syndicaux, prétend imposer une loi généralisant les « accords d'entreprise » dérogatoires aux conventions collectives et accord de branches ». On constate 7 ans plus tard que si la volonté du patronat reste la même, le gouvernement n'a pas changé d'orientation non plus, qu'il soit de droite ou de « gauche » !

Continuité aussi pour la position de notre parti, qui affirmait déjà clairement dans son manifeste en 2008, le combat politique pour que la classe ouvrière préserve l'indépendance de ses organisations syndicales vis-à-vis de l'Etat, de l'Union européenne, du gouvernement, des patrons, mais aussi des partis politiques. Alors pourquoi dans le dernier Informations ouvrières, un militant syndicaliste interviewé affirme partager « l'orientation prise par le POI », dans les formes actuelles correspondant à la nouvelle situation.

Il a raison : continuité dans notre orientation, mais tournant dans notre manière de discuter des questions politiques avec tous ces militants syndicalistes, ces élus locaux qui cherchent à bloquer la politique du gouvernement. C'est pour ce combat politique, pour être une aide concrète à la lutte de classe que nous organisons ce débat dans les pages « Tribune libre » d'Informations ouvrières, ces regroupements dans les réunions, petites ou grandes (6 juin, 17 octobre). C'est avec ces militants, avec les amis d'Informations ouvrières, que nous préparons les congrès ouverts du POI, dans les départements et à Paris, les 21 et 22 novembre, pour construire ensemble la force politique qui permettra l'unité des travailleurs et de leurs organisations pour briser l'offensive du gouvernement et du patronat.

Une différence entre 2008 et 2015 : la « position commune » de 2008 regroupait dans le cadre du « syndicalisme rassemblé », CGT et CFDT. Ce n’est plus le cadre aujourd’hui, où CGT et FO ont refusé le pacte de responsabilité, la loi Macron et le PPCR. Cela signifie-t-il que tout est réglé ? Certes pas. Le gouvernement n’a pas renoncé à associer les syndicats à son offensive contre le Code du travail. La lutte pour l’indépendance des organisations est plus que jamais d’actualité.

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