Article paru dans Informations ouvrières n° 464
Gérard Luiggi, technicien dans l'ex-DDE du Var
Toutes
les élites locales ou nationales qu’ont qu’un objectif :
pourchasser l’affreux incendiaire, cause de tout ce désastre. Tous
les moyens sont déployés pour le débusquer, et l’on s’apprête
à brandir le tableau de chasse de quelques imprudents pauvres
bougres, comme cet utilisateur de
disqueuse jeté devant les tribunaux. Les services d’incendie ont
publiés des études faisant état qu’environ « 70
% des incendies ont pour origine l’activité humaine (transports,
travaux... ) ».
Or
les ministres en déplacement dans le Var ont eu à entendre la
réalité de la situation : un service de lutte contre
l’incendie totalement en sous effectif, et avec des matériels
hors d’âge. Le
président national des sapeurs pompiers, venus saluer ses collègues
du Var, a déclaré que le « le
système est à flux tendu, compte tenu des contraintes budgétaires
et de l’évolution sans cesse croissante des interventions ».
Or
il faut le dire : la force d’une civilisation c’est
précisément sa capacité à se doter d’instruments publics
capables de faire vivre un peuple, incluant les « imprudents »
et autres comportements individuels susceptibles de mettre en cause
la vie commune.
En
précisant que c’est le peuple, et en premier lieu ses
organisations ouvrières, qui ont imposé au capital (qui exige
qu’aucun obstacle ne vienne gêner ses activités visant à
exploiter et soutirer le maximum de richesse), un ensemble de normes
sociales, avec les services publics et leurs agents en charge de les
faire appliquer. C’est
pourquoi, ont été mis en place, et particulièrement au sortir de
la guerre, dans le cadre de la « reconstruction », les
services publics tels que les Directions Départementales de l'Equipement (DDE) et les Directions Départementales de l'Agriculture et de la Forêt (DDAF), en charge de l’entretien
et de l’aménagement du territoire afin d’organiser au mieux
cette « activité humaine ».
Ainsi,
les agents des routes de la DDE avaient notamment pour mission d’organiser le
fauchage, l’élagage et le débroussaillement, de part et d’autres
des routes, de tels travaux permettant de limiter considérablement
les possibilités de départ de feu, par les mégots par exemple.
Les
DDE étaient également en charge de l’établissement des Plans de Prévention des Risques Incendie de Forêt (PPRIF) qui délimitent
les zones à risques et notamment l’obligation de débroussailler
deux cents mètres autour des habitations.
Les
DDAF avaient en charge la gestion et l’exploitation des massifs
forestiers, incluant la police relative au débroussaillage.
Qu’en
est-il aujourd’hui ? Les DDE et DDAF ont d’abord été
« fusionnées » en « DDEA », puis dans les
« DDI » (Directions Départementales Interministérielles),
cela au fil des gouvernements successifs, les mêmes taillant dans le
même temps dans les effectifs par centaines d’emplois supprimés
par an. Résultat ? Des PPRIF ont le plus grand mal
à être réalisés (sur les trois incendies du Var, seul celui de
Bormes-les-Mimosas était couvert par un PPRIF), mais ils sont aussi
systématiquement attaqués au tribunal par les gros propriétaires
forestiers privés avides de laisser place aux villas, comme celles du
Cap Bénat. Et les agents des routes ont été transférés au
conseils généraux qui n’ont pas les moyens de poursuivre le
travail d’entretien.
Ajoutons à cela le fait que les missions d’urbanisme ont été transférées
aux communes, missions qui avaient en charge la gestion des espaces,
agricoles, forestiers et urbains, chacun d’eux relevant de normes
spécifiques. Le désengagement de l’Etat sur ces missions a
largement laissé la place aux pressions foncières conduisant à une
imbrication de plus en plus grande entre ces espaces, et multipliant
la présence humaine aux abords et même au sein des espaces
forestiers.
Et
Macron, Philippe, Darmanin, tous les tenants de la casse du Code du
travail et de tous les droits et acquis collectifs, veulent
poursuivre, amplifier, faire de ces droits une « terre
brûlée » !
Les
faits sont là : les criminels, les incendiaires, ce sont eux,
ceux qui détruisent les services publics d’aménagement du
territoire, comme ils détruisent les hôpitaux et ouvrent ainsi la
porte à tous les risques sanitaires.
N’ont-ils
pas raison ces milliers de militants, de tous horizons politiques et
syndicaux, qui se sont engagés dans la construction des comités
départementaux – et du Comité national – pour la défense des acquis
de 1936 et 1945 ? N’ont-ils pas raison ainsi de permettre que
se construisent, par le rassemblement de toute la puissance de la
classe ouvrière et de ses organisations, les voies et les moyens de
leur reconquête, avant que la barbarie capitaliste ne puisse laisser
libre cours à sa furie destructrice ?
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