dimanche 3 septembre 2017

Incendies, conséquence de la casse des services publics

Article paru dans Informations ouvrières n° 464
Gérard Luiggi, technicien dans l'ex-DDE du Var

Toutes les élites locales ou nationales qu’ont qu’un objectif : pourchasser l’affreux incendiaire, cause de tout ce désastre. Tous les moyens sont déployés pour le débusquer, et l’on s’apprête à brandir le tableau de chasse de quelques imprudents pauvres bougres, comme cet utilisateur de disqueuse jeté devant les tribunaux. Les services d’incendie ont publiés des études faisant état qu’environ « 70 % des incendies ont pour origine l’activité humaine (transports, travaux... ) ».

Or les ministres en déplacement dans le Var ont eu à entendre la réalité de la situation : un service de lutte contre l’incendie totalement en sous effectif, et avec des matériels hors d’âge. Le président national des sapeurs pompiers, venus saluer ses collègues du Var, a déclaré que le « le système est à flux tendu, compte tenu des contraintes budgétaires et de l’évolution sans cesse croissante des interventions ».

Or il faut le dire : la force d’une civilisation c’est précisément sa capacité à se doter d’instruments publics capables de faire vivre un peuple, incluant les « imprudents » et autres comportements individuels susceptibles de mettre en cause la vie commune.

En précisant que c’est le peuple, et en premier lieu ses organisations ouvrières, qui ont imposé au capital (qui exige qu’aucun obstacle ne vienne gêner ses activités visant à exploiter et soutirer le maximum de richesse), un ensemble de normes sociales, avec les services publics et leurs agents en charge de les faire appliquer. C’est pourquoi, ont été mis en place, et particulièrement au sortir de la guerre, dans le cadre de la « reconstruction », les services publics tels que les Directions Départementales de l'Equipement (DDE) et les Directions Départementales de l'Agriculture et de la Forêt (DDAF), en charge de l’entretien et de l’aménagement du territoire afin d’organiser au mieux cette « activité humaine ».

Ainsi, les agents des routes de la DDE avaient notamment pour mission d’organiser le fauchage, l’élagage et le débroussaillement, de part et d’autres des routes, de tels travaux permettant de limiter considérablement les possibilités de départ de feu, par les mégots par exemple.

Les DDE étaient également en charge de l’établissement des Plans de Prévention des Risques Incendie de Forêt (PPRIF) qui délimitent les zones à risques et notamment l’obligation de débroussailler deux cents mètres autour des habitations.

Les DDAF avaient en charge la gestion et l’exploitation des massifs forestiers, incluant la police relative au débroussaillage.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les DDE et DDAF ont d’abord été « fusionnées » en « DDEA », puis dans les « DDI » (Directions Départementales Interministérielles), cela au fil des gouvernements successifs, les mêmes taillant dans le même temps dans les effectifs par centaines d’emplois supprimés par an. Résultat ? Des PPRIF ont le plus grand mal à être réalisés (sur les trois incendies du Var, seul celui de Bormes-les-Mimosas était couvert par un PPRIF), mais ils sont aussi systématiquement attaqués au tribunal par les gros propriétaires forestiers privés avides de laisser place aux villas, comme celles du Cap Bénat. Et les agents des routes ont été transférés au conseils généraux qui n’ont pas les moyens de poursuivre le travail d’entretien.

Ajoutons à cela le fait que les missions d’urbanisme ont été transférées aux communes, missions qui avaient en charge la gestion des espaces, agricoles, forestiers et urbains, chacun d’eux relevant de normes spécifiques. Le désengagement de l’Etat sur ces missions a largement laissé la place aux pressions foncières conduisant à une imbrication de plus en plus grande entre ces espaces, et multipliant la présence humaine aux abords et même au sein des espaces forestiers.

Et Macron, Philippe, Darmanin, tous les tenants de la casse du Code du travail et de tous les droits et acquis collectifs, veulent poursuivre, amplifier, faire de ces droits une « terre brûlée » !

Les faits sont là : les criminels, les incendiaires, ce sont eux, ceux qui détruisent les services publics d’aménagement du territoire, comme ils détruisent les hôpitaux et ouvrent ainsi la porte à tous les risques sanitaires.


N’ont-ils pas raison ces milliers de militants, de tous horizons politiques et syndicaux, qui se sont engagés dans la construction des comités départementaux – et du Comité national – pour la défense des acquis de 1936 et 1945 ? N’ont-ils pas raison ainsi de permettre que se construisent, par le rassemblement de toute la puissance de la classe ouvrière et de ses organisations, les voies et les moyens de leur reconquête, avant que la barbarie capitaliste ne puisse laisser libre cours à sa furie destructrice ?

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