dimanche 16 octobre 2016

Un budget de guerre pour la guerre

Editorial d'Informations ouvrières n° 422
Franck Servel, membre du bureau national du POI

Valls l'a répété plusieurs fois après les attentats terroristes : « Nous sommes en guerre. » Au nom de la lutte contre le terrorisme, ce sont du coup plus de 30 000 militaires français qui sont quotidiennement en opération, « un rythme inégalé depuis la guerre d'Algérie », selon le journal Les Echos du 29 septembre.

L'état de guerre décrété par le gouvernement justifie tout : l'état d'urgence, l'interdiction des manifestations syndicales, la répression contre les militants syndicalistes ... et l'envoi de troupes à l'étranger, les bombardements en Syrie et en Irak. Le dernier projet de loi de finances du quinquennat a été présenté la semaine dernière, cadré par les 3 % de déficits publics pour répondre aux exigences de Bruxelles. Le budget voit pourtant une nouvelle hausse du budget de la défense. Guerre extérieure, mais aussi guerre intérieure contre les travailleurs et l'ensemble de la population, même si nous devrions nous réjouir : le plan de 50 milliards d'économies est revu à la baisse... le gouvernement ne fera finalement que 40 milliards d'économies !

En revanche, les cadeaux au patronat se poursuivent : l'impôt sur les sociétés doit passer de 33,5 % en 2015 à 29,4 % en 2017.

Hollande aurait souhaité que cette guerre justifie l'union sacrée derrière le gouvernement, mais il a échoué dans cette tentative. Dans une interview parue dans Le Monde, le chef de l'état le déplorait : « En France, le président, même avec une majorité absolue à l'Assemblée nationale, est minoritaire dans le pays (…) Sur qui peut-il s'appuyer ? Sur des forces sociales, économiques, culturelles, intellectuelles et pas seulement politiques. C'est ce qui a manqué. » L'union sacrée n'a pas eu lieu, la CGT et FO, avec la FSU, Solidaires et les organisations de jeunes, ont combattu pour le retrait puis l'abrogation de la loi travail. Ces mêmes confédérations rejettent la politique d'austérité concentrée dans le pacte de responsabilité, que le budget 2017 met en œuvre.

Informations ouvrières, chaque semaine, ouvre ses colonnes aux militants ouvriers, laïques et républicains, aux jeunes qui cherchent les voies de l'unité sur les revendications pour en finir avec la politique de ce gouvernement. S'appuyant sur l'unité CGT et FO construite sur le mot d'ordre de retrait, puis d'abrogation de la loi travail, le combat se poursuit dans les secteurs professionnels comme Alstom, EDF, la Sécurité sociale, la Poste, la SNCF, les hôpitaux, l'éducation nationale... pour refuser la mise en œuvre des plans de destruction des acquis des grandes lutte sociales de 1936 et 1945. A travers la discussion engagée dans les comités de liaison et d'échanges, c'est une force politique que nous construisons.

C'est sur le terrain de classe que pourra se dégager une issue, comme nous avons commencé à le faire durant ces mois de combat contre la loi El Khomri. C'est ce qu'expriment également les salariés d'Alstom, qui exigent avec leur intersyndicale le maintien de tous les sites Alstom-Transport en France et le maintien de tous les emplois sur chaque site, notamment sur Belfort.

Comment aider à déjouer les obstacles politiques et permettre la mobilisation de millions et de millions qui fera reculer le gouvernement ? Débattons dans Informations ouvrières. Le conseil fédéral national du POI a proposé d'organiser en commun une conférence nationale de délégués issus de ces comités de liaison et d'échanges au printemps prochain.

lundi 19 septembre 2016

Assemblée de rentrée du Comité du Var, le 31 août

Cette première réunion s'est tenue afin de préparer la rentrée et le conseil fédéral national du POI des 10 et 11 septembre.

Dominique Canut, membre du bureau national, a introduit la discussion en rappelant la situation politique : le gouvernement est en pleine déliquescence (Macron avait démissionné du gouvernement la veille), mais il continue à frapper. Il a décidé de prolonger l'état d'urgence, menaçant encore d'interdire les manifestations : « C'est une République monarchique, totalitaire ! ». Il note que le 14 juillet à Nice, il y avait quelques dizaines de policiers, alors que le 14 juin à Paris, ce sont des milliers de policiers casqués qui encadraient la manifestation ouvrière contre le gouvernement et sa loi travail. Cela n'empêche pas les confédérations CGT, FO, FSU et Solidaires d'appeler de nouveau avec les organisations de jeunesse aux manifestations interprofessionnelles le 15 septembre pour l'abrogation de la loi travail. Dans l'enseignement secondaire, les mêmes organisations appellent à la grève le 8 septembre pour l'abrogation de la réforme du collège. De nombreux militants syndicalistes engagés dans ce combat sont aujourd'hui disponibles pour échanger. Cela a permis de réaliser dans le Var trente abonnements supplémentaires à Informations ouvrières par rapport à l'été 2015, et c'est avec ces mêmes militants que nous avons organisé deux réunions de comités de liaison et d'échange avant l'été, à l'arsenal et à La Seyne. Il y a des questions à discuter : par exemple, revendiquer un « Code du travail du 21e siècle », n'est-ce pas équivalent au mot d'ordre « pour une autre réforme des retraites » en 2010, qui avait mené les salariés à l'échec avec la CFDT ? Mais nous sommes dans un autre contexte aujourd'hui, et c'est l'unité CGT et FO pour le retrait de la loi travail qui est l'élément central de la situation.

Dans la discussion, les militants ont fait état de l'importance des cahiers d'Informations ouvrières cet été sur les grèves de 1936, d'un « armement pour mieux connaître le passé pour mieux combattre aujourd'hui ». Des syndicalistes font le parallèle entre l’assassinat du jeune militant de l'Entente internationale des travailleurs en Haïti, l'arrestation des deux dockers CGT du Havre le matin même, et le licenciement du délégué CGT d'Air France : « dans tous les cas, ils essayent de terroriser pour empêcher la riposte ». Mais les dockers n'acceptent pas, ils se sont mis en grève et la CGT a publié un communiqué de protestation renforçant l'appel aux manifestations du 15 septembre pour l'abrogation de la loi travail.

Un enseignant est arrivé en retard parce qu'il sortait de l'assemblée générale de son lycée à Toulon, avec 88 enseignants, le jour de la pré-rentrée, qui ont décidé la grève dès la rentrée, le 2 septembre, avec les syndicats SNES et SNEP FSU, FO et Sud : « Ils ont supprimé deux classes de seconde, il y a 36 à 37 élèves par classe ! Les enseignants n'acceptent pas, une demande d'audience est faite au DASEN. L'appel adopté fait le lien avec la réforme du collège et la loi travail. Dans la discussion de l’assemblée générale, un enseignant a expliqué : ils nous parlent de sécurité, mais ils ne sécurisent pas l’avenir des jeunes ! »

Un militant précise que selon lui, l’axe de résistance FO - CGT pour le refus de la loi travail se trouve conforté, même après les vacances scolaires par la tenue du meeting de Nantes avec les secrétaires des confédérations, et ajoute que beaucoup de militants, à tous les niveaux de responsabilités syndicales, se posent des questions sur la possibilité de gagner.

Un syndicaliste du privé, qui vient d’adhérer au POI, souligne que ce sentiment de pression par la terreur pèse sur les consciences, notamment dans les petites entreprises du privé, et qu’il faut donc des réunions comme celle-là pour conforter les camarades.

Un militant estime nécessaire de développer le contenu de l’axe FO - CGT : il s’est construit sur le refus de la destruction des conquêtes de 1936 et 1945. Refuser la loi travail, c’est aborder les conditions de la réalisation de ces conquêtes, c’est refuser toutes les formes de pression visant à faire accepter de cogérer, comme la CFDT, les contre-réformes. Les comités de liaison et d'échange ont pour objectif d’aborder la question de la plateforme, c'est-à-dire discuter de l’issue, de ce qu'il faut pour que la classe ouvrière affirme ses exigences, et donc d’une certaine manière la question du pouvoir, pour mettre en œuvre les conditions matérielles de son existence. Sinon, on se retrouve dans la position de ce syndicaliste hospitalier de Toulon qui, suite à une tentative de suicide d'un personnel, dit à la presse : « Il n'y a plus assez de personnels, donc il faut supprimer les lits pour baisser la charge de travail » !

L'assemblée a décidé
  • de revoir tous les abonnés à Informations ouvrières pour avoir cet échange, renouveler les abonnements au journal et préparer avec eux l'organisation d'une nouvelle réunion de comité de liaison et d'échange,
  • de mandater un nouvel adhérent comme délégué du Var au Conseil fédéral national. Sous-traitant à l'arsenal de Toulon, syndicaliste, il explique pourquoi il a décidé d'adhérer au POI cet été :
J'adhère parce que je partage ce pourquoi combat le POI : la défense de la classe ouvrière. En travaillant dans une société privée, on a des salaires misérables : 1 450 euros avec 25 ans d'ancienneté. Ca suffit ! Le PS, Melenchon, ils ont arrêté de défendre les plus fragiles, ils font des compromis avec les capitalistes. Je pense que le POI est le seul parti qui fait barrage aux capitalistes.

Il y a un énorme travail à faire auprès des salariés du privé, qui sont dégoûtés de la politique, parce qu'ils ont été trahis de multiples fois. C'est à partir de mon activité syndicale que je vais pouvoir, petit à petit, organiser les collègues. J'ai commencé à diffuser Informations ouvrières et à en discuter avec un salarié de ma boîte, ancien militant du PCF. Il me dit : « Enfin de vraies nouvelles ! »

"On ne lâche rien !"

Editorial de Dominique Canut,
membre du bureau national du POI,
paru dans Informations ouvrières n° 418

Malgré l’état d’urgence prolongé de six mois et la chasse aux militants syndicaux, le 15 septembre s’annonce comme une nouvelle grande journée de grèves et de manifestations dans tout le pays, pour l’abrogation de la loi travail. Notons au passage que l’état d’urgence n’a pas empêché l’horrible attentat de Nice, ce qui m’oblige à penser qu’il avait essentiellement pour objectif de bâillonner, mais sans y parvenir, les rassemblements et manifestations pour le retrait du projet de la loi « Berger », heu… El Khomri. De fait, l’état d’urgence a pour but de museler les opposants à la politique monarchique de Hollande, car il a bien compris que c’est dans la rue que tout se joue.

« On ne lâche rien », ce slogan clamé dans les manifestations au printemps trouve donc, aujourd’hui, son prolongement dans l’unité syndicale CGT-FO-Solidaires-FSU-UNEF-FIDL-UNL pour l’abrogation de cette loi scélérate.

Les Français souhaitent que les manifestations contre la loi Travail se poursuivent, les sondages de l'été l'ont mis en exergue. Ce qui montre le bien fondé des luttes, des actions, des grèves, des manifestations depuis début mars et démontre également que les organisations syndicales réformistes d’accompagnement apparaissent au grand jour comme des soutiens du patronat, de Bruxelles et de ce gouvernement en plein délitement qui a perdu toute légitimité, les ministres le quittant les uns après les autres. Ce qui, d’ailleurs, n’est pas sans poser de problèmes au sein d'organisations comme la CFDT, notamment avec ses militants ! Le bébé risque bien d’être jeté avec l’eau du bain… Berger trouve d’ailleurs inadmissible la déloyauté de ces ministres qui désertent.

Personne ne se plaindra du tournant opéré par la CGT lors de son dernier congrès à Marseille, marquant ainsi un changement dans son orientation en renonçant au syndicalisme rassemblé, instrument initié pour un rapprochement avec la CFDT.

Aujourd’hui, les conditions de ce rassemblement sont bien plus favorables du point de vue de la construction d’un front unique avec l’unité syndicale CGT-FO-Solidaires-FSU-UNEF-FIDL-UNL qui tient bon et qui est capable de faire reculer le pouvoir, pour gagner l’abrogation de la loi travail.

Cette rentrée scolaire est marquée par un appel unitaire à la grève, le 8 septembre, des organisations syndicales SNES FSU, FO, CGT et SUD pour l'abrogation de la réforme du collège. Les raisons de la mobilisation des enseignants sont nombreuses… Juste deux exemples : en cette rentrée scolaire les nouveaux programmes des collèges doivent être couplés avec de nouveaux manuels, pourtant leur acquisition se fera sur deux années ! Au lycée Dumont d'Urville, de Toulon, les enseignants, réunis en assemblée générale avec les sections syndicales SNES et SNEP FSU, SUD Education, FO, SNALC, ont voté la grève, à partir du 2 septembre, pour exiger le rétablissement de deux classes de seconde supprimées et refusent des classes à 36, voire 37 élèves. Avec les parents d'élèves, plus de cent enseignants ont manifesté devant l'inspection académique du Var. N'ayant pas obtenu satisfaction ils ont décidé de reconduire la grève le 5 septembre et de manifester au rectorat de Nice.

La question posée à la classe ouvrière est quelle plate-forme lui faut-il pour faire front à la casse des acquis de 36 et 45. En ce sens les réunions des comités de liaison et d’échange qui s’organisent un peu partout dans le pays apportent un moyen d’y répondre. 

jeudi 7 juillet 2016

Echanges entre militants à l'arsenal

Article paru dans Informations ouvrières

Le 16 juin, des militants syndicalistes de l'arsenal se sont réunis, au surlendemain de la grève et de la manifestation nationale du 14 juin pour le retrait de la loi travail. Salariés de DCNS, de la sous-traitance (Cegelec), du secteur étatique de la base de défense (SSF), tous étaient dans les manifestations du 14 juin, à Paris ou à Toulon. Trois d'entre eux ont participé à la conférence nationale du 4 juin.

Un militant qui est intervenu à la tribune de la conférence nationale revient sur le contenu de son intervention : « Les statuts des ouvriers d'Etat sont aujourd'hui attaqués en même temps que le Code du travail. Je pose la question : peut-on défendre les statuts alors que DCNS a été privatisée, sans revendiquer le retour de nos établissements au sein de l'Etat ? Il y a des difficultés à réaliser l'unité sur ces revendications, y compris au sein de l'arsenal, nous n'avons pas encore réalisé l'unité CGT - FO pour le retrait de la loi travail. L'objet de ces comités que l'on propose, c'est pour échanger sur ces questions politiques, et aider à dépasser ces difficultés. »

- Un autre rappelle que lors d'une précédente réunion à Toulon, « on était au lendemain de la déclaration commune CGT - CFDT du 23 février qui ne demandait pas le retrait de la loi travail, mais une amélioration de la loi... La discussion avait permis de renforcer la conviction des militants d'agir au sein de leurs organisations pour qu'elles se positionnent pour le retrait de cette loi régressive, et quelques jours plus tard, les appels se sont multipliés au sein des instances et la CGT a dit clairement « retrait » ! Ces comités de liaison et d'échange, ça permet de construire une force politique pour modifier la situation. Parce que sinon, regardez ce qui vient de se passer au congrès du PCF : les dirigeants disent qu'on peut très bien travailler avec le PS, comme à la Mairie de Paris ! »

- Un militant demande : « Si je comprends bien, le but, c'est d'élargir, en se tournant vers les militants, à la base, et pas de se tourner vers les responsables des partis ? Je suis d'accord avec cette démarche, il faut élargir le noyau de militants convaincus. »

Décisions :

- tous les participants constituent un comité de liaison et d'échange à l'arsenal de Toulon ;

- le compte rendu de la discussion est rédigé et retravaillé par les participants, il sera envoyé à

Informations ouvrières ainsi qu'aux participants à la réunion de La Seyne du mercredi 22 juin.

vendredi 17 juin 2016

Rien ne sera plus comme avant

Editorial de Dominique Canut, membre du bureau national du POI,
dans Informations ouvrières n° 406

Comme annoncé par les organisateurs (CGT, FO, FSU, Union syndicale Solidaires, Unef, UNL, FIDL), le 14 juin a été une formidable et puissante journée de manifestation nationale à Paris et à travers toute la France, mais également de grèves pour le retrait du projet de loi travail, dite loi «Valls-Gattaz-Berger», pour le refus absolu de « l’inversion de la hiérarchie des normes ».

Déjà le 9 mars avait été aussi un véritable succès, tout d’abord parce que cette journée avait réuni plus de 500 000 manifestants sur tout le territoire, mais aussi du point de vue du caractère unitaire réalisé depuis longtemps, hormis les syndicats d’accompagnement. Depuis début mars, plusieurs grèves ont été organisées, des corporations rassemblant des dizaines de milliers de travailleurs se sont mises en grève, des blocages, des manifestations, des rassemblements, des caisses de solidarité ont été constituées, mises en place partout en France. Mais surtout, surtout, l’axe CGT / CGT-FO a tenu et tient toujours sur les revendications de défense de ses conquêtes sociales et collectives, face au gouvernement qui n’a « d’amour » que pour les injonctions européennes et le patronat, mais aussi face au MEDEF qui n’a « d’amour » que pour la CFDT. Jamais le MEDEF n’a eu autant d’influence politique que sous le quinquennat de François Hollande : 41 milliards d’euros pour le pacte dit de responsabilité et 20 milliards pour le CICE qui vont dans les poches du patronat sans aucune contrepartie, et le passage en force du projet de loi à l’aide du 49-3 à l’Assemblée Nationale pour détruire le code du travail, livrant les salariés à une concurrence effroyable et à une course au dumping social. Pour un gouvernement qui se dit de gauche c’est pas mal, non ?

Cette journée du 14 juin, son ampleur, constitue une étape majeure dans la construction de l’émancipation de la classe ouvrière. Elle prouve que la lutte de classe est toujours d’actualité, mais également bien vivante, comme l’indique par ailleurs un récent sondage Odoxa–MCI, pour près de 69 % des personnes interrogées. Has been la lutte des classes ? Erreur ! C’est 5 points de plus qu'il y a trois ans.

Les travailleurs savent que ce ne seront pas les urnes qui feront cesser cette politique de casse des acquis de 1936 et 1945. Pourtant l’exaspération grandit et les travailleurs veulent défaire ce gouvernement et sa politique. En ce sens, il y a sans aucun doute lieu de réfléchir, ensemble, à une représentation politique de la classe ouvrière et donc à la forme qu’elle prendra.

1 800 militants ouvriers réunis le 4 juin dernier, lors d’une conférence nationale pour la défense des conquêtes arrachées en 1936 et 1945, ont engagé la discussion pour chercher à répondre à cette question, en proposant sans attendre la constitution de « comités de liaisons et d’échange », sans remettre en cause l’appartenance de chacun, que ce soit sur le plan syndical ou politique. Ce sera de cette démarche qu’une plate-forme politique pourra voir le jour.

Nous attendons vos contributions au journal Informations ouvrières, tribune libre de la lutte des classes.

lundi 16 mai 2016

"Se dégager des contraintes de l'exploitation capitaliste"

Compte rendu d'une réunion à La Garde paru dans Informations ouvrières

Ce 27 avril, à La Garde, 17 militants, membres du POI, du PCF, syndicalistes CGT ou FO, se sont réunis pour préparer la Conférence nationale du 4 juin. Bien sûr, la mobilisation en cours pour le retrait de la loi travail a été au centre de leurs débats. Ces échanges n'ont pas esquivé les questions politiques posées par toute la situation, comme en témoignent les extraits que nous publions ci-dessous.

- Un syndicaliste enseignant, militant POI : « Dans Informations ouvrières, un syndicaliste CGT dit que peu de personnes ne se font pas d’illusions sur 2017, ce qui est à la fois un accélérateur, c’est maintenant qu’il faut les faire reculer, mais aussi un frein car cela pose la question politique de quelle issue ? Oui, à La Seyne, par rapport au maire PS, certains se posent la question : si on le combat, qui risquons-nous d’avoir à la place ? Il faut des syndicats indépendants pour résister. »

- Une syndicaliste : « Syndicats… Pourquoi pas un parti ?… Il faut maintenant des réponses à ces questions.»

- L'enseignant reprend : « Je fais de la pub pour mon journal, Informations ouvrières. Il y a un article de compte rendu d’une réunion similaire qui s’est tenue à Bordeaux. Un intervenant rappelle qu’en 1936, la journée de 8 h, la semaine de 40 h… n’étaient au programme d’aucun parti. C’étaient les revendications de la CGT qui ont été imposées par la reconduction de la grève. »

- Un syndicaliste de l'équipement : « En 1936, la grève se construit avec une multiplication d’occupations d’usines. Le 4 juin cherche à répondre à la question que pose Myriam : quelle représentation politique capable de porter tout ça. En 1936, l’occupation des usines a posé la question de la continuité de la gestion de la production par les grévistes eux-mêmes. D’autres questions sont posées. En 1945, la Sécurité sociale, c’est une conquête énorme qui a vu se dresser tout le patronat qui criait à la mort des entreprises à cause du coût des cotisations. Ce qui est en question c’est bien celle de la puissance de la classe ouvrière, de sa capacité à se dégager des contraintes de plus en plus inacceptables de l’exploitation capitaliste. Pour moi, les présents de ce soir, compte tenu des échanges que nous avons, ont tous leur place à la conférence nationale du 4 juin à Paris. »

- Le syndicaliste retraité de l'arsenal : « En 1936 et 1945, ces grèves correspondaient à des besoins. Elles étaient dans un esprit de conquêtes. Aujourd’hui, nous sommes dans la défense. En admettant que le monde soit dans la rue pour le retrait de la loi El Khomri, il faudrait des propositions, imposer nos aspirations. Pour la Sécurité sociale, elle a été préparée avant. C'est dommage qu'il n'y ait pas un parti. En attendant, il faut du monde dans la rue, que ce soit Sarkozy ou Hollande. »

A l’issue de la réunion, douze camarades s’inscrivent ou confirment leur inscription à la conférence du 4 juin, à Paris. Cinq autres doivent confirmer.
Dix billets de train sont réservés.
Six cents euros sont collectés.

Pour vous procurer le compte rendu intégral de la réunion, adressez-vous aux militants du POI ou écrivez à parti.ouvrier.independant.83@gmail.com



vendredi 15 avril 2016

Après le 31 mars

Editorial d'Informations ouvrières n° 396

Franck Servel,
membre du Bureau national du POI

La grève et les manifestations du 31 mars 2016 feront date. Plus d'un million de manifestants, travailleurs et jeunes avec leurs organisations : l'ampleur de la mobilisation pour le retrait de la loi travail marque la situation. Dès le lendemain, le journal patronal Les Echos est obligé de constater la hausse de la mobilisation, et ajoute que « cela maintient l'exécutif sous pression, alors que le chef de l 'Etat est affaibli par son échec sur la réforme constitutionnelle et par des mauvais sondages ».

Mais nous avons déjà connu des manifestations de masse... pas forcément victorieuses, comme en 2010 contre la réforme des retraites. En 2010, la CGT et la CFDT demandaient « une autre réforme des retraites », et pas le retrait du projet de loi.

Il y avait ce 31 mars, au moins deux différences déterminantes par rapport à 2010 : d’une part, la CFDT a fait officiellement allégeance au gouvernement, tandis que la CGT et FO, avec la FSU, Solidaires et les syndicats étudiants et lycéens, se prononcent pour le retrait du projet de loi El Khomri. Le communiqué commun de ces organisations, au soir du 31 mars, appelle à deux nouvelles journées de grèves et de manifestations, les 5 et 9 avril, et conclut en ces termes: « Si le gouvernement ne répond pas, les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL, FIDL resteront déterminées à poursuivre et amplifier la mobilisation pour obtenir le retrait du projet de loi travail et à conquérir de nouveaux droits sociaux y compris par les manifestations et la grève interprofessionnelle. »

Et d’autre part, la question de « l’alternance » politique qui se profilait en 2010 se pose d’une toute autre manière en 2016 : on a vu cette pancarte d’un manifestant proclamant « 9 ans de Sarkozy, ça suffit ! », qui résume assez bien les questions qui sont posées à tout le mouvement ouvrier, à ses militants à tous les niveaux, et qui exprimait le caractère politique de la grève et des manifestations du 31 mars 2016.

Le dernier communiqué du bureau national du POI s’inscrit dans cette réflexion en ces termes  « Le projet de loi contre le Code du travail ne concentre-t-il pas et ne fédère-t-il pas dans un même mouvement le rejet de ce gouvernement par toutes les catégories de la population laborieuse ? Comment faire pour, tous ensemble, public, privé, obtenir le retrait de ce projet et donc que soit stoppé ce gouvernement ? Toutes ces questions sont en débat parmi les travailleurs, les militants, les élus. Répétons-le : comment est-il possible qu’un gouvernement à ce point déconsidéré et rejeté puisse continuer à porter des coups destructeurs d’une telle ampleur ? ».

En effet, les contributions et interviews rassemblées semaine après semaine dans les pages « Tribune » d'Informations ouvrières et dans les réunions préparatoires à la conférence nationale du 4 juin en défense des conquêtes de 1936 et 1945 le confirment : c'est par la libre discussion que les travailleurs dégageront les voies et les moyens pour aider à la construction du mouvement qui bloquera la politique du gouvernement et, dans le même temps, les formes d’une issue politique.

C'est cette discussion que nous vous proposons de poursuivre et mener en préparant ensemble la conférence du 4 juin.