dimanche 7 juin 2015

Interview de Dominique Canut dans Informations ouvrières

Dominique, peux tu nous dire ce qui t'a conduit à participer à la création du parti ouvrier indépendant ?
J’avais été invité à un meeting organisé à Marseille pour soutenir la candidature de Gérard SCHIVARDI alors candidat des maires aux élections présidentielles de 2007. J’étais venu un peu en observateur et j’ai d’ailleurs tenu le bureau de vote en qualité de délégué de MG BUFFET, candidate aux présidentielles. Au lendemain de ces élections Gérard SCHIVARDI lançait avec Daniel GLUCKSTEIN un appel pour la construction d’un parti ouvrier. De mon coté, j’ai tout de suite accepté de faire partie de cette aventure, d’autant que si j’étais toujours adhérent, j’avais cessé toute activité militante au PCF et retrouvé dans ce projet un grand nombre de convergences politiques, comme la rupture avec l’Europe de Maastricht, pour la défense des 36000 communes, pour le socialisme, la république et la démocratie.

Pourtant, tu avais des attaches avec ce parti…
Effectivement 30 années d’adhésion, de militantisme, de distribution de tracts le matin à la porte de l’arsenal, d’initiatives politiques avec mes camarades, ça crée des liens. Quand ils ont appris que je quittais le parti communiste je sais que beaucoup ont commenté mon départ et pas spécialement dans de bons termes. Pourtant, nombreux étaient mes camarades qui partageaient mon point de vue sur ce qu’était devenue la nature du PCF, d’ailleurs certains démissionnaient puis revenaient, se trouvant en quelque sorte orphelins d’un parti répondant à leurs attentes. D’autres pensaient qu’il valait mieux rester pour tenter d’enrayer la dérive sociale démocrate. Oui, des camarades m’ont tourné le dos lorsqu’ils ont appris que je participais activement à la construction de ce parti ouvrier.

Sur quoi portaient tes désaccords ?
Tout d’abord, je voudrais dire que j’étais d’accord avec l’abandon de la dictature du prolétariat et, de même, concernant l’adhésion à la philosophie matérialiste comme condition à l’adhésion au PCF (un catholique, musulman ou autre croyant relevant d’une philosophie idéaliste ne pouvait être adhérent). En revanche, dès l’arrivée de Robert HUE, le PCF a vu ses statuts profondément transformés, comme par exemple le fait que le secrétaire national a le pouvoir de désigner des membres sortants au Conseil National, sans que ces derniers ne soient élus dans leurs structures, ni le congrès. Rien n’est plus anti-démocratique !
Mais le pire sur le plan politique a été le reniement des fondamentaux, comme l’acceptation de l’économie de marché, renonçant en cela aux principes économiques qui fondent le socialisme, la socialisation des moyens de production.
Le PCF revendique également l’élargissement de la communauté européenne à la Turquie, alors qu’il s’était prononcé en son temps contre le traité de Maastricht.
Le plus grave à mes yeux est sans aucun doute le refus catégorique du PCF de revendiquer avec le POI la ré-étatisation de DCNS qui a été privatisée par le ministre socialiste RICHARD. Si on considère que les armes sont des marchandises comme les autres, alors…
Récemment, les militants communistes ont été une nouvelle fois malmenés et même sans doute ébranlés, les élections municipales ont été le théâtre de stratégies d’alliances ou de mésalliances avec le PS. Si le PS pouvait l’emporter le PCF devait faire alliance (comme à La Seyne-sur-mer) et lorsque le PS n’avait aucune chance d’être au second tour, alors le PCF pouvait se rapprocher des autres partis de gauche, y compris du POI (comme à Toulon). Il paraît que la stratégie des alliances à La Seyne comme à Toulon relève d’une même démarche : « être utile aux citoyens » ! Tout ça, en fait, pour préserver le poste de quelques élus communistes qui se retrouveront tôt ou tard d’ailleurs dans un parti des verts, du PG ou socialiste (comme Robert HUE)…

Après maintenant plus de 7 années, comment es-tu considéré par tes camarades du PCF ?
Maintenant, du point de vue de la pratique, ils savent et reconnaissent que je reste ce que j’ai toujours été, c’est-à-dire un communiste qui n’a rien abandonné. Le problème provient du fait que de nombreux  adhérents du PCF sont très attachés à ce parti qui a été un grand parti ouvrier, pensant qu’il est et sera ce qu’il a toujours été. Les autres pensent qu’ils pourront préserver l’essentiel des restes d’un parti révolutionnaire. La question n’est pas de tenter de les faire démissionner de leur parti, mais de construire ensemble, dans l’unité, une issue possible à cette politique dévastatrice du gouvernement Hollande-Valls.


Le 6 juin, le journal Informations ouvrières, tribune libre de la lutte des classes, organise une assemblée-débat où chaque militant ouvrier a sa place pour peu qu’il considère qu’il faut porter un coup d’arrêt, dans l’unité, à cette politique dévastatrice du gouvernement Hollande-Valls pour tous les acquis de la classe ouvrière. Je vous appelle à en discuter mes camarades.

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